La plage, cet espace littoral tant désiré par les occidentaux, est une création anglaise de la fin du XVIIIème siècle. À Brighton est née la première station balnéaire à vocation thérapeutique où l’on profitait de l’eau de la Manche à 14°c. Depuis, ce lieu de villégiature n’eut cesse de se répandre à travers l’Europe au cours du XIXème siècle puis à travers le monde avec l’essor des progrès sociaux et du tourisme mondialisé.
C’est pourquoi la plage dépasse largement l’étendue de sable ou de galets longeant la mer. C’est une expérience totale qui transforme nos vies depuis plus de deux siècles. C’est aussi un espace que nous continuons de façonner aux quatre coins du monde, fort de plus d’un milliard et demi de touristes en recherche d’expériences uniques. Ainsi, notre imaginaire l’a transformée en un univers de paradis originel, de couleurs vives, de corps dénudés, de loisirs spectaculaires et de bonheur estival idéalisé.
Les cartes postales, les catalogues de voyage et les réseaux sociaux en ont fait un sujet inépuisable. J’admire Jacques Tati, qui a capté avec poésie, sourire et bienveillance les joies et les travers de nos vies balnéaires via son Monsieur Hulot. Je suis aussi fasciné par Martin Parr dont l’œil malicieux et les couleurs saturées révèlent l’universalité et l’insolite de nos comportements sur les plages du monde entier.
Comme le décrit le sociologue Jean-Didier Urbain, en nous installant épisodiquement « Tous à la plage », nous aurions créé un nouvel espace tribal, miroir sociologique de nos vies modernes.
Depuis vingt ans, je photographie ce bord de mer en Bretagne, en France et à l’étranger. Dans cette série, je cherche à représenter avec poésie ou humour, ce vaste « théâtre saisonnier » qu’est la plage. J’aspire à en figer des instants, non perceptibles, qui se jouent devant moi. Parmi mes premières images, celle de « Brighton Beach » de 2006, occupe une place particulière dans mon travail. Sa palette chromatique réunit les couleurs que j’aime explorer et associer. Elle témoigne déjà d’une recherche esthétique autour des couleurs de la plage, ce qui, vingt ans plus tard, continue de traverser ma pratique photographique.
Par le truchement de la mise en relation de mes photographies prises à des dates et sur des zones géographiques différentes, j’ai souhaité donner à voir certains de nos comportements, de nos rituels et de nos codes sociaux dans cet espace profondément social. Les présentations en diptyque visent à favoriser nos questionnements.
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