« S’ils te mordent, mords-les. » La devise de Morlaix résume à elle seule l’esprit de cette petite ville du Finistère, Depuis des siècles, Montroulez (en breton) cultive une tradition de résistance et de mobilisation. Ville frondeuse de la guerre de succession de Bretagne au XIVe siècle, terreau des plus grandes manifestations d’agriculteurs du XXe siècle qui innovèrent avec leurs barrages, leurs sabotages et leurs défilés de tracteurs, centre de nombreuses luttes sociales contemporaines dont celle contre la réforme des retraites, Morlaix n’a jamais cessé de faire entendre sa voix.
J’aime la voir comme une ville en quatre dimensions : trois façonnées par son relief, la quatrième par sa vie sociale. C’est une ville de points de vue, au sens propre et figuré, c’est aussi une ville de lumière, celle bien particulière de la pointe bretonne. C’est un vrai théâtre à ciel ouvert.
Les jours de grandes manifestations, ce théâtre s’anime selon un rituel qui semble immuable. Au petit matin, les premiers trains franchissent son imposant viaduc tandis qu’en contrebas le centre de cette ville de 15 000 habitant.e.s sommeille encore. Puis, peu à peu, quelques personnes apparaissent dans ses venelles, ses escaliers et ses rues. Les habitant.e.s convergent et descendent alors vers le centre, se retrouvent, échangent et commencent à porter leurs revendications. La foule grandit avant de s’élancer, telle une marée humaine, dans les quelques grandes artères encaissées de la ville.
La Manufacture Royale des Tabacs, témoin de près de trois siècles d’histoire sociale, et le Viaduc, monument emblématique de Morlaix, accompagnent chaque grande mobilisation. Manifester avec le Viaduc vous ouvre l’horizon des possibles, expérience inoubliable à laquelle les jeunes Morlaisien.ne.s sont initié.e.s. Arrêtez-vous à deux ou trois sous l’une des trois arches centrales, scandez-y vos revendications et écoutez, vous serez alors traversé.e.s par un sentiment de puissance, celui porté par vos désormais deux ou trois cents compagnon.e.s d’échos.
Manifester à Morlaix, c’est la certitude d’être vu.e et entendu.e en Bretagne et même jusqu’à Paris, disent certains. Ce n’est peut-être non plus pas un hasard si le quotidien Le Télégramme est installé à quelques encablures de sa Manufacture.
La devise de Morlaix serait née après le sac de la ville par les Anglais en 1 522. Elle demeure aujourd’hui étonnamment actuelle. Car Morlaix, forte de son histoire et de ses habitant.e.s, continue de porter cet esprit de résistance : « S’ils te mordent, mords-les. »
À travers ce récit photographique réalisés lors de plusieurs mobilisations morlaisiennes récentes, je cherche à témoigner avec émotion et distance de la singularité de cette ville, de son histoire sociale et patrimoniale et surtout de cette énergie collective qui, régulièrement, la fait vibrer
Une exposition a été présentée au Café concept à Tours en 2023.